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Tumeurs vertébrales et hémopathies

 

  • Les affections malignes médullaires, radiculaires et des méninges ne seront pas abordées.
    L'exposé ne concerne que les lésions les plus courantes ou celles dont l'aspect IRM est suffisamment évocateur.
    Les autres tumeurs bénignes et malignes sont citées dans le tableau ci-dessous.
    Force est de constater que dans la majorité des cas, l'aspect IRM est peu spécifique et que l'intérêt de la technique réside surtout dans l'évaluation de l'extension de ces tumeurs aux parties molles adjacentes et à l'axe nerveux.

 

1. Métastases :

 

  • L'autopsie des patients décédés de cancer disséminé retrouve des localisations vertébrales secondaires dans environ 35 % des cas.
    La moitié de ces lésions provient de néoplasies mammaires, pulmonaires, digestives ou prostatiques.
    La localisation des métastases répond à la topographie de la moelle rouge.
    Tous les étages peuvent être concernés, bien que l'on note une prédilection pour les segments thoracique et lombaire avec une atteinte volontiers multifocale.

  • L'aspect IRM classique des formes lytiques est une zone en hyposignal T1, hypersignal T2, prenant le contraste de façon nette.
    L'extension conduit à un envahissement vertébral global, notamment des arcs postérieurs et des régions périvertébrales.
    Les formes ostéocondensantes, plus rares, montrent un hyposignal vertébral marqué, constant sur toutes les séquences.
    Plusieurs points sont à souligner :

  • Le signal en T2 varie considérablement avec la composition tissulaire de la lésion (cellularité, hydratation, nécrose, hémorragie, calcifications, fibrose...).

  • L'analyse peut être rendue difficile par des hétérogénéités spontanées de la moelle liées à la persistance de foyers de moelle hématopoïétique au sein d'une involution graisseuse diffuse.
    Ce phénomène est plus marqué avec les appareils à haut champ, plus sensibles au contenu ferrique des éléments hématopoïétiques.
    Il convient donc de comparer l'évolution du signal sur toutes les séquences en s'aidant éventuellement des procédés de suppression de graisse et de l'injection de gadolinium.

  • La distinction entre les tassements vertébraux d'origine maligne et les tassements porotiques est souvent difficile.
    Quelques éléments permettent d'orienter le diagnostic.
    L'absence, classique, de déficit neurologique dans les collapsus bénins n'est pas systématique.
    La prise de contraste n'est pas discriminante.
    Elle serait plus hétérogène dans les tassements néoplasiques.
    Les collapsus porotiques présenteraient un rehaussement homogène avec effet de normalisation du signal de la vertèbre.
    Cette prise de contraste serait plus brève avec retour à la normale en deux à trois mois mais des rehaussements beaucoup plus prolongés sont possibles.
    Les aspects "frontières" sont légions et le recours, en cas de doute, à la biopsie n'est pas rare.

 

2. Hémopathies :

 

  • L'aspect IRM ne présente pas de spécificité par rapport aux autres infiltrations malignes mais quelques particularités sont à souligner : une extension aux parties molles relativement tardive, des collapsus vertébraux sur les lésions myélomateuses sans nécessairement d'infiltration complète du soma, une infiltration parfois si diffuse qu'elle pose problème, chez l'adulte jeune, d'une moelle hypointense épargnée par l'involution adipeuse (signal du corps vertébral normal toujours discrètement plus intense que le disque).

 

3. Tumeurs primitives :

 

  • Elles sont le plus souvent bénignes.
    Nous ne citerons que les principales :

 

3.1. Hémangiomes vertébraux :

 

  • Ces lésions d'une extrême fréquence (10 % des autopsies) sont de découverte fortuite la plupart du temps.
    Environ 20 % des hémangiomes sont asymptomatiques (douleurs avec ou sans tassement vertébral) mais l'évolution vers une expression neurologique ne survient que dans moins de 5 % des cas.
    Leur structure associe dans des proportions variables une composante vasculaire, veineuse, graisseuse et la persistance de trabécules osseuses verticales.
    Il n'existe pas de localisation préférentielle à un segment rachidien.
    L'aspect IRM est quasi pathognomonique avec un "spot" d'hypersignal en T1 et T2, bien limité dans le corps de la vertèbre mais la présentation peut varier :

  • En extension avec une atteinte de l'ensemble du corps vertébral, une atteinte de l'arc moyen ou postérieur, des contours moins réguliers.
    Certains hémangiomes sont à développement extra osseux et potentiellement compressifs.

  • En signal selon les différents tissus qui les composent : bas signal T1 et rehaussement après injection de produit de contraste dans les formes à prédominance "vasculaire" ou comportement graisseux pur, piqueté de zones en bas signal T1 et T2 lié à la trabéculation.

  • Le diagnostic différentiel avec un foyer isolé d'involution graisseuse de la moelle est parfois impossible.
    Des séquences en suppression de graisse avec injection de produit de contraste sensibilisent la détection d'une petite composante vasculaire.

 

3.2. Ostéome ostéoïde :

 

  • L'architecture de cette petite tumeur est faite d'un nidus central de tissu ostéoïde et fibro-vasculaire cerné d'une couronne d'ostéosclérose.
    La présentation clinique est à type de rachialgies à recrudescence nocturne, classiquement calmées par la prise d'aspirine.
    Le site préférentiel est l'arc vertébral postérieur.
    Le diagnostic relève surtout du scanner (coupes très fines et meilleure visualisation de l'architecture osseuse), guidé par l'hyperfixation scintigraphique.

  • L'IRM ne retrouve un nidus en hypersignal cerné d'une ostéosclérose marginale en hyposignal marqué.
    Des calcifications centrales peuvent expliquer des foyers d'hyposignaux. L'intensité des phénomènes inflammatoires péritumoraux majorent l'impression d'extension tumorale aux structures adjacentes.

 

3.3. Kyste osseux anévrismal :

 

  • Bien que rare (moins de 1 % des tumeurs osseuses primitives), le rachis est un site fréquent (20 %) de cette lésion qui siège surtout sur les arcs postérieurs.

  • L'IRM permet la mise en évidence au sein du kyste des dérivés de l'hémoglobine, des septa fins et d'un niveau liquide-liquide (après décubitus prolongé).
    Le diagnostic différentiel majeur dans cette présentation est le sarcome télangiectasique.

 

3.4. Îlot condensant bénin ou énostose :

 

  • Habituellement située dans les os longs et le bassin, cette formation, classé dans les hamartomes ou les pseudo-tumeurs, peut être dépistée fortuitement en IRM.
    Il s'agit d'un foyer bien limité d'os cortical mature au sein de l'os spongieux (" os dans l'os"), en hyposignal sur toutes les séquences.
    Il est intéressant de noter qu'une fixation du traceur scintigraphique n'élimine pas le diagnostic.

 

4. Postradique et postchimiothérapie :

 

  • L'inclusion volontaire ou de contiguïté du rachis dans le champ de radiothérapie induit des modifications de signal à type hypersignal T1, décroissance T2, en relation avec une conversion graisseuse.

  • Cet aspect est généralement visible précocement, après un mois de traitement.
    La persistance de l'hyposignal médullaire diffus dans le cadre d'une hémopathie traitée par chimiothérapie n'a pas de valeur pronostique péjorative.

  • Un aspect a bien connaître est celui de la recolonisation médullaire par les éléments hématopoïétiques, spontanée ou après greffe qui donne à la moelle un signal "en bande" ou "en cadre".

 

5. Tableaux :

 

5.1. Hyposignal T1 vertébral pouvant simuler une tumeur
(d'après Mirowitz) :

 

  • moelle hématopoïétique diffuse ou en foyers

  • tissu fibreux

  • oedème médullaire

  • remaniements postopératoires

  • volume partiel avec le disque intervertébral

  • artéfacts de mouvement

  • effet d'une bande de présaturation trop proche

  • effet de bord d'antenne

  • artéfact de déplacement chimique

 

5.2. Hypersignal intrasomatique focalisé non tumoral
(d'après Mirowitz) :

 

  • foyer de conversion adipeuse

  • moelle graisseuse le long des veines basi-vertébrales

  • hypersignal de la veine basi-vertébrale en T2 (flux lent)

  • hémangiome

  • artéfact de déplacement chimique

  • remaniements postradiques

  • inflammation des plateaux vertébraux

  • remaniements postopératoires

  • artéfact de mouvement

  • défaillance du procédé de suppression de graisse

  • aliasing

  • artéfact de susceptibilité magnétique

 

5.3. Principales tumeurs vertébrales :

 

  • bénignes :

    • hémangiomes

    • kyste osseux anévrismal

    • ostéoblastome

    • ostéochondrome

    • tumeur à cellules géantes

    • fibrome

    • granulome éosinophile

  • malignes :

    • métastases

    • hémopathies

    • ostéosarcome

    • chondrosarcome

    • sarcome à cellules géantes

    • fibrosarcome

    • angiosarcome

    • sarcome d'Ewing

    • sarcome à cellules claires

 
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Date de dernière mise à jour de cette page :
dimanche 12 mars 2000